Peut-on avoir une grande estime de soi grĂące aux rĂ©seaux sociaux ? C’est une question sur laquelle il est intĂ©ressant d’avoir une rĂ©ponse. Les rĂ©seaux sociaux, grand phĂ©nomĂšne du 21Ăšme siĂšcle, prend une grande, voir trĂšs grande place chaque jour. Un utilisateur moyen passerait environ 2h20 par jour sur ces rĂ©seaux. Avec un phĂ©nomĂšne d’une aussi grande envergure, il est intĂ©ressant de savoir si ces outils, certes fabuleux aux premiers abords, sont plutĂŽt positifs pour l’ĂȘtre humain ou s’ils sont nocifs. Quels impacts ont-ils sociologiquement, psychologiquement
 ?

1/ C’est quoi l’estime de soi ?

Pour commencer Ă  bien Ă©tudier le sujet, il vaut mieux bien dĂ©finir les composantes. L’estime de soi, c’est comment on se voit et si on aime ce que l’on voit ou pas. C’est aussi la combinaison de l’amour se soi, la vision de soi et de la confiance en soi. Au risque de me rĂ©pĂ©ter (dĂ©couvrez l’article et la formation sur l’estime de soi pour plus de prĂ©cisions), l’estime de soi est trĂšs importante chez l’ĂȘtre humain. C’est un peu notre carburant. Dans une voiture quand il n’y a plus de carburant, la voiture n’avance plus. C’est exactement la mĂȘme chose avec l’homme. Quand une personne a une trĂšs faible estime d’elle, elle ne passe plus Ă  l’action et donc, n’avance plus. Pire un manque total d’estime de soi peut apporter stress, dĂ©pression, tentative de suicide.

Du coup, vous vous en douter, vaut mieux avoir une haute estime de soi-mĂȘme, mais attention, comme tout ingrĂ©dient, trop est l’ennemi du bien, avoir une trop haute estime de soi (ĂȘtre narcissique) peut aussi vous ĂȘtre fatal Ă  un moment donnĂ©.

 

2/ C’est quoi les rĂ©seaux sociaux ?

Les rĂ©seaux sociaux sont des sites sur internet qui nous permettent tout un tas de bonnes choses. A la base, ils nous ont permis de communiquer avec des personnes lointaines, de retrouver le contact avec des personnes qu’on ne voyait plus. Un peu plus tard, ces rĂ©seaux ont permis de s’informer, de s’ouvrir au monde, de dĂ©velopper sa crĂ©ativitĂ©, son esprit et pour terminer, c’est gratuit. Mais ça, c’est uniquement la vision utopiste de ces outils, car il y a l’outil et comment on s’en sert.

 

3/ Le modĂšle Ă©conomique

Il est Ă©vident que dans un systĂšme capitaliste oĂč l’argent est roi, avoir accĂšs Ă  un outil pareil sans dĂ©bourser le moindre centime, c’est louche ! Pire encore, comment font les crĂ©ateurs de ces rĂ©seaux pour vivre sinon ? Et comment se fait-il que ces sociĂ©tĂ©s fassent pour gagner autant d’argent (plusieurs milliards) ?

En fait il n’y a pas dix mille solutions, si c’est gratuit, c’est vous qui ĂȘtes le produit. Autrement dit, on vous vend. En utilisant ces rĂ©seaux, vous Ă©mettez, volontairement ou pas, des donnĂ©es vous concernant qui sont ensuite rĂ©cupĂ©rĂ©es puis vendues. Le rĂ©seau ensuite, peut Ă©tablir un profil psychologique et grĂące Ă  un algorithme, il est capable de devancer vos choix et de vous proposer une offre adaptĂ©e Ă  votre personnalitĂ© ou, de ce que vous aimez (bien Ă©videmment, cet article n’a pas pour sujet si rĂ©colter des donnĂ©es personnelles, c’est bien ou pas. J’explique juste comment ça marche).

 

 

4/ Le piÚge des réseaux sociaux, pour le meilleur et surtout le pire !

Jusque lĂ , vous allez me dire : « oui et alors, c’est trop bien les rĂ©seaux sociaux, je peux faire pleins de choses avec, je partage mes photos, je parle Ă  mes amis, je like », « Et sinon c’est quoi le rapport avec l’estime de soi des personnes ». C’est Ă  partir de lĂ  qu’on va dans le cƓur du sujet. Depuis 10 ans (bizarrement la date de sortie du 1er smartphone), le temps passĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, le nombre de dĂ©pressions, de pensĂ©es suicidaires augmentent significativement et ceci n’est pas un hasard. Quand je fais des confĂ©rences, j’en vois un bon nombre avec leur smartphone au lieu d’écouter. Une jeune fille mĂȘme, avait cachĂ© son tĂ©lĂ©phone sous ses fesses en cours alors qu’il Ă©tait interdit de l’utiliser dans l’établissement. Mais vous comprenez, c’Ă©tait pour aller sur les rĂ©seaux sociaux, car selon ses propos « c’était sa vie ».

Peut-on lui en vouloir ?

La réponse est non. Les jeunes générations sont nées dedans et non informées des risques. Les plus vieux sont soit réfractaires ou sont complÚtement accrocs comme les jeunes.

Quand j’entends que des personnes passent en moyenne 2h sur les rĂ©seaux par jour Ă  regarder ou liker la vie des autres, n’ont-ils pas oubliĂ© de vivre 2h de leur propre vie ? Des exemples comme cela, j’en vois pleins, ce ne sont pas des exemples isolĂ©s.

Mais pourquoi passe-t-on autant de temps sur les rĂ©seaux sociaux ? Il faut dire que tout est fait pour qu’on y soit dessus, car notre temps, c’est leur argent. De plus, les likes, les notifications, les retweets, mais aussi l’expĂ©rience utilisateur, le design des interfaces, les couleurs, les sons, etc… tout est calculĂ© par les ingĂ©nieurs de la Silicon Valley pour capter notre attention, rendre les plateformes addictives. Rien n’est laissĂ© au hasard dans le monde merveilleux des plateformes sociales ! Certaines personnes, surtout ceux qui ont une estime de soi instable, dĂ©veloppe un comportement compulsif vis-Ă -vis de ces plateformes.

Mais pourquoi est-ce si difficile de résister ?

Lorsque l’on reçoit un Snap, un Tweet, ou que quelqu’un like notre nouvelle photo sur Instagram, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que notre cerveau relĂąche de la dopamine, qui est en fait, l’hormone du plaisir. Chaque notification stimule dans notre cerveau le fameux circuit de la rĂ©compense. Et ce sont ces notifications, qui nous rendent accros !

5/ Influence de la société

Les phĂ©nomĂšnes psycho-sociologiques sont retranscrits Ă  travers la plateforme. Les mĂ©dias n’hĂ©sitent pas Ă  balancer tout ce qu’ils considĂšrent comme beau/bien dans la sociĂ©tĂ©, vos amis publient leurs photos de vacances Ă  DubaĂŻ. Finalement, toutes publications sont influencĂ©es par ce qui est “Ă  la mode”. Il y a juste Ă  regarder comment les personnes se comportent sur Instagram. C’est criant de vĂ©ritĂ© et je dois dire que cela me fait peur. Beaucoup sont juste des pauvres moutons et sont facilement manipulĂ©s.

En voyant les photos des autres, la personne qui est derriĂšre son Ă©cran pense que sa vie est nulle.

Peu de personnes ont une haute estime de soi et surtout stable d’eux mĂȘme. Peu font du dĂ©cryptage de l’image. Cela donne beaucoup de personnes vulnĂ©rables, car l’ĂȘtre humain se compare, aime se comparer (souvent pour se rassurer). On a tous vĂ©cu Ă  la cour de rĂ©crĂ©ation ce dĂ©bat de qui Ă  la plus grosse. C’est un phĂ©nomĂšne normal, chacun cherche Ă  trouver sa place. Sauf que maintenant, la concurrence, c’est plus de 2 milliards de personnes sur internet. VoilĂ  les phĂ©nomĂšnes qui surgissent :

– ho, il a 3000 amis

– Wahou, il a 2 millions de followers

– sa photo a 250 likes

– Elle un corps de rĂȘve

-Il/elle part en voyage

ForcĂ©ment, derriĂšre son Ă©cran, on se dĂ©valorise alors qu’il n’y a pas lieu d’ĂȘtre, car ces personnes sont comme nous. A cause des standards, tout le monde soigne son packaging pour montrer qu’on existe vraiment. Ne pas oublier, on poste ce que l’on a envie, en gĂ©nĂ©ral, on poste que les choses trop excitante de notre vie, pas le reste.

Mais vous oubliez une chose : ce que vous voyez sur les rĂ©seaux sociaux n’est au mieux qu’une partie de la rĂ©alitĂ©, une rĂ©alitĂ© tronquĂ©e de ses mauvais cĂŽtĂ©s. Sur les rĂ©seaux sociaux, et sur Instagram notamment, on a tendance Ă  “envoyer du rĂȘve” car on a tous, ce petit cĂŽtĂ© narcissique qui dit “regardez comme ma vie est parfaite” pour nourrir son estime de soi. On a tous nos moments difficiles ou d’échecs. Il faut savoir les accepter pour mieux rebondir ensuite. Et cela commence par arrĂȘter de se comparer aux autres ! 3000 amis, oui mais quand je pose la question aux jeunes, c’est quoi la dĂ©finition d’un ami ?

La rĂ©ponse c’est qu’ils ne savent pas. Il n’y aura jamais 3000 personnes qui viendront vous aider en cas de coup dur ! Ils y en a qui partent en voyage et qui mangent aussi des pĂątes toute l’annĂ©e. De plus, photoshop, les filtres, sont lĂ  pour masquer toutes les imperfections et les faire correspondre aux normes de beautĂ©, ça existe et c’est facile.

Tibo Inshape, Youtuber muscu avait montré à quel point il était facile de modifier la réalité sur Instagram.

6/ La recherche du buzz et pourquoi se montre-t-on Ă  tout prix ?

L’estime de soi, c’est le rĂ©sultat du quotient du succĂšs sur les prĂ©tentions. Cela veut dire, plus le succĂšs est grand et les prĂ©tentions petites, plus l’estime de soi s’en retrouve boostĂ©e. Gardez bien cette phrase en tĂȘte, car vous allez vite comprendre l’effet pervers qui se cache derriĂšre les rĂ©seaux sociaux.

Vous postez une photo, vous vous attendez Ă  ce qu’il y ait seulement 3 commentaires et 5 likes. Finalement, vous avez 10 commentaires et 15 likes. Vous faites le calcul de tout Ă  l’heure et vous voyez finalement que vous avez rĂ©ussi plus que prĂ©vu. Votre estime augmente de maniĂšre importante.

Cependant l’estime doit ĂȘtre rĂ©guliĂšrement alimentĂ©e pour que vous puissiez jouir d’un bonheur permanent. Malheureusement, deux choses…

  • Le bonheur ne peut ĂȘtre permanent. La recherche du bonheur coĂ»te que coĂ»te rĂ©sulte Ă  la tristesse, car ce but est inatteignable. D’ailleurs, j’ai Ă©crit un article spĂ©cifique sur cette quĂȘte obsessionnelle dirigĂ©e par la sociĂ©tĂ©.
  • Les prĂ©tentions vont aussi grandir puisque vous avez vu que vous Ă©tiez capable de faire 10 commentaires et 15 likes, donc vous allez vous attendre Ă  faire Ă  peu prĂšs pareil. Si vous n’atteignez pas ce score, vous allez continuer Ă  poster encore plus pour satisfaire votre estime de soi.

De plus, les rĂ©seaux vous poussent Ă  ĂȘtre actif car tout le monde poste, et votre photo peut vite disparaĂźtre dans le fil d’actualitĂ© et passer inaperçue. Les notifications stimulant le circuit de la rĂ©compense de votre cerveau, voilĂ  comment atteindre une haute estime de soi instable et devenir complĂštement accro aux rĂ©seaux sociaux.

Les personnes qui s’affichent dĂ©sirent seulement augmenter leur estime d’eux mĂȘme, mais cela crĂ©e que des personnes narcissiques, qui font leur autopromotion constamment. A la moindre contrariĂ©tĂ©, tout s’écroule. Les hommes montrent en gĂ©nĂ©ral leur rĂ©ussite tandis que les femmes montrent leur corps retouchĂ© pour faire grimper un max les likes.

Les rĂ©seaux sociaux isolent de plus en plus les personnes et beaucoup dĂ©veloppent de l’anxiĂ©tĂ© sociale ne sachant plus gĂ©rer les relations sociales rĂ©elles. Elles se renferment encore plus car elles sont plus Ă  l’aise derriĂšre l’écran. (cf les sites de rencontre #Tinder)

7/ Les conséquences

Les consĂ©quences sont dĂ©vastatrices. PremiĂšrement, les relations humaines sont complĂštement diffĂ©rentes et prennent une trĂšs mauvaise direction. Sociologiquement, les personnes sont dans leur bulle et ne prennent plus le temps d’observer, de se regarder, de se parler. Franchement, posez-vous sur la terrasse d’un cafĂ©, sur une grande place et observez, vous serez trĂšs surpris.

Bien évidemment, les relations hommes/femmes se dégradent, car nous sommes inondés de stéréotypes, trÚs loin de la réalité comme le culte du corps parfait. Les femmes en sont les plus grandes victimes, mais malheureusement les hommes y arrivent.

Ces clichĂ©s, c’est le revers de la mĂ©daille pour les femmes. MĂȘme si le marchĂ© de la sĂ©duction a Ă©tĂ© dĂ©sĂ©quilibrĂ© en la faveur des femmes grĂące aux rĂ©seaux (et aussi nous le cachons pas, mais le comportement collectif des hommes n’aide pas), cela a aussi accentuĂ© l’épĂ©e de DamoclĂšs de l’image de la femme avec le corps parfait.

Des personnes sont prĂȘtes Ă  risquer leur vie, ou faire n’importe quoi pour faire le buzz. On fait miroiter des sommes d’argents folles grĂące Ă  Youtube ou Instagram. Je peux vous dire puisque je fais des confĂ©rences auprĂšs des jeunes notamment sur Youtube, que les jeunes ont fait dĂ©jĂ  pleins de choses sur le net dans l’espoir d’ĂȘtre une star et gagner de l’argent.

Juste aprĂšs, je leur dis la vĂ©ritĂ© sur les rĂ©seaux et certains se mettent Ă  pleurer car ils ont fait n’importe quoi. PopularitĂ© et autres avantages apportĂ©s grĂące aux rĂ©seaux sont mis en avant et font tourner les tĂȘtes de personnes qui ont une basse estime de soi. Sauf que la vĂ©ritĂ© est loin d’ĂȘtre celle qu’on vous a vendu, et la dĂ©sillusion est grande.

Cela entraĂźne une altĂ©ration de l’estime de soi pouvant mener Ă  la dĂ©pression. Utiliser rĂ©guliĂšrement les rĂ©seaux sociaux augmente de 30% les risques de dĂ©pressions.

Beaucoup de jeunes sur Youtube se lancent et se mettent en scĂšne, sauf que cachĂ©s derriĂšre un Ă©cran, pleins d’utilisateurs n’hĂ©sitent pas Ă  lancer des insultes qui peuvent se terminer en cyber-harcĂšlement et cela peut ĂȘtre destructeur pour l’estime de soi.

Le fait d’ĂȘtre toujours guidĂ© par les algorithmes dans nos choix nous empĂȘche de rĂ©flĂ©chir par nous-mĂȘme. Cela nous fait perdre nos diffĂ©rences et nous devenons des moutons, suivons le dictĂąt de la mode. Nous perdons notre identitĂ©. Qui dit perte d’identitĂ©, dit crise identitaire, puis ensuite, dĂ©pression, hystĂ©rie, violences, folie…

 

8/ Conclusion

Le tableau peut paraĂźtre trĂšs sombre, mais n’oublions pas que la voiture par exemple peut ĂȘtre une arme. En gros, ce n’est pas l’outil qui est dangereux, mais bien comment nous l’utilisons. Vous pouvez utiliser les rĂ©seaux sociaux, mais avec modĂ©ration. N’oubliez jamais de prendre du recul sur ce que vous voyez, assumez vos diffĂ©rences, et construisez votre personnalitĂ©. Cela fera de vous quelqu’un de riche, quelqu’un qu’on apprĂ©cie pour ce qu’il est, non pas une pĂąle copie de monsieur tout le monde sur les rĂ©seaux sociaux pour se faire accepter par tous.

N’oubliez pas que nous avons tous traversĂ© des moments difficiles ou que l’on a Ă©tĂ© mauvais ou dĂ©butant dans des domaines. Sachez rebondir, apprenez et votre estime s’en retrouvera bien plus nourrie et stable que grĂące Ă  de vulgaires photos et likes sur internet.

PS : J’ai donnĂ© une interview sur l’utilisation des Ă©crans sur une radio locale basque, si vous savez parler basque allez-y ! (Mes rĂ©ponses sont en français) http://www.xiberokobotza.org/artikulu/687


MB
MB

Entrepreneur, Ă©ducateur et confĂ©rencier, je suis quelqu'un qui n'a pas toujours eu des facilitĂ©s pour mes relations sociales. Pour vous dire, rĂ©citer une poĂ©sie devant la classe, c'Ă©tait limite une phobie. Je suis quelqu'un qui a fait les dĂ©marches pour m'en sortir dans la vie et je suis lĂ  pour vous faire partager mon expĂ©rience sur le sujet. Je suis aussi un grand fan de jeux vidĂ©o comme quoi mĂȘme les gamers ou les plus geek peuvent avoir une vie sociale bien remplie.